Les 14 juillet et 15 juillet 2018 à Bissau [pt]

La célébration de la fête nationale française a eu lieu le samedi 14 juillet 2018 à l’Ambassade de France à Bissau.

Et le lendemain, dimanche 15 juillet, le Centre Culturel Franco-Bissau-Guinéen a diffusé en direct la finale de la Coupe du Monde.

Discours de l'Ambassadeur en présence de M. Agnelo Regalla, Ministre des Affaires du Conseil des Ministres - JPEG

Samedi 14 juillet : la fête nationale à l’ambassade

La célébration officielle de la fête nationale française a eu lieu le samedi 14 juillet 2018 à l’Ambassade de France à Bissau.

Environ 135 personnes, personnalités et officiels bissau-guinéens, membres du corps diplomatique, cadres dirigeants du secteur privé et compatriotes d’entreprises et d’ONG françaises y participaient. Lors de cette réception officielle l’ambassadeur, M. Jean-Louis ZOËL, a prononcé un discours.

Vue d'une partie de l'assistance à la Résidence de France - JPEG

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1) Le 14 juillet n’est pas notre fête de l’indépendance. La France est en effet une entité politique souveraine depuis plus de mille ans, depuis l’élection – j’ai bien dit élection - en 987, en juillet probablement, du premier de nos rois qui ont forgé, au long des siècles, l’Etat qui est devenu la France. L’identité nationale est venue plus tard. Sa première manifestation a eu lieu aussi un mois de juillet, en 1214, quand les troupes royales ont remporté une grande victoire grâce au soutien de milices issues du peuple.

Le 14 juillet est notre fête nationale depuis une loi de 1880. Le parlementaire, auteur de la loi, a qualifié le 14 juillet de « plus beau jour de notre histoire ». Il ne faisait pas référence à la prise de la Bastille, le 14 juillet 1789, mais à un grand moment d’unité nationale, la Fête de la Fédération, qui a eu lieu juste un an après, le 14 juillet 1790. Plusieurs centaines de milliers de Français venus de toutes les provinces ont prêté serment de fidélité à la Nation, à la Constitution et au Roi. C’est peut-être là, selon certains, qu’il aurait fallu appuyer sur le bouton « pause » de la Révolution Française. La loi finalement adoptée en 1880 ne fait d’ailleurs référence à aucune année en particulier, ni 1789, ni 1790, seulement au 14 juillet.

Après 1790, après bien des malheurs en France et en Europe, ce n’est qu’en 1958, avec le Général de Gaulle, que nous avons retrouvé des institutions stables promouvant les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité dans le cadre d’un Etat fort qui est aussi un Etat de droit.

2) Depuis son élection, le Président Emmanuel Macron, s’est rendu plusieurs fois en terre d’Afrique, au Mali, au Burkina-Faso, en Côte d’Ivoire, au Sénégal et, tout récemment, à Nouakchott où il était invité pour le sommet de l’Union Africaine, puis au Nigeria. Il a marqué la détermination de la France à repenser notre lien avec le continent africain. En Afrique, nous avons dans certaines régions des amitiés historiques et des fraternités d’armes, de langue ou de culture. Là ou ailleurs, la France n’a aucune leçon à donner mais, en fonction de nos valeurs et de nos engagements, il y a forcément des postures, politiques ou autres, de personnes, d’acteurs ou d’Etats avec lesquels nous sommes parfois d’accord et parfois non.

Il y a aussi des partenariats qui existent entre les pays, les sous-régions, l’Union Africaine d’une part, avec des Etats non-africains, l’Union Européenne ou des organisations internationales d’autre part. La France peut y participer et les promouvoir à des degrés divers selon notre valeur ajoutée et nos moyens. C’est le cas en matière de sécurité et de lutte contre le terrorisme ou d’éducation pour prendre des exemples récents.

4.500 militaires français combattent ainsi au Sahel pour la liberté et contre le fanatisme terroriste, aux côtés d’armées africaines, de forces des Nations-Unies et de celle du G5 Sahel. C’est aussi le cas en matière d’éducation puisque la France a coprésidé, en février 2018, avec le Sénégal, la conférence de reconstitution des ressources du Partenariat Mondial pour l’Education. La France y contribuera pour 250 millions de dollars. La Guinée-Bissau en bénéficiera en cofinancement avec l’Association Internationale pour le Développement de la Banque Mondiale.

La France croit à la dynamique des intégrations régionales africaines que ce soit pour la sécurité ou toute autre matière, économique, monétaire, Droits de l’Homme et gouvernance, qu’elles soient le fait de l’Union Africaine ou d’organisations régionales comme la CEDEAO et l’UEMOA en Afrique de l’Ouest. La France soutient l’initiative de l’UA visant à assurer un financement autonome et prévisible des opérations militaires africaines et souhaite une solution au financement des opérations menées par l’UA et autorisées par le Conseil de Sécurité des Nations Unies. Elle participe à certains mécanismes d’intégration comme les zones monétaires de coopération financière africaine (les deux zones CFA) ou l’ASECNA. Mais leur existence, leur réforme, leur élargissement ne dépendent que des Etats africains.

3) S’agissant de la Guinée-Bissau et de la CEDEAO, l’organisation régionale africaine qui est pilote, chef de file, selon le principe de subsidiarité, sur la crise politico-institutionnelle à Bissau, la France, au Conseil de Sécurité des Nations Unies, a salué et accordé son plein soutien à la nomination du Premier Ministre et la formation du Gouvernement de consensus avec, comme priorité, la réalisation des élections législatives, enfin convoquées. La France a également réitéré son soutien entier aux initiatives des organisations membres du P5 Bissau, notamment celles de la CEDEAO dont le rôle et a été crucial.

A part l’inscription d’une dotation conséquente au projet de budget 2018 par le précédent ministre des finances en accord avec le FMI, rien n’avait été vraiment fait, semble-t-il, par les autorités avant la mi-avril 2018 pour préparer cette échéance constitutionnelle essentielle, pas plus que pour appliquer l’accord de Conakry.

Il n’est guère étonnant que les défis financiers et juridiques et les arbitrages difficiles soient nombreux pour ces législatives. La France espère vivement que l’organisation de ces élections à bonne date mobilise toute l’attention, sincère et de bonne foi, de toutes les parties prenantes bissau-guinéennes. L’appui de la communauté internationale est mobilisable dans ces conditions. Les élections à venir, en 2018 et 2019, sont essentielles pour l’enracinement et la crédibilité de la démocratie en Guinée-Bissau, après tant de coups d’Etat pensés, tentés vraiment, ratés ou réussis parfois, sans parler de nombreux assassinats impunis et de la guerre civile de 1998/1999.

4) Nous avons une longue relation d’amitié avec le peuple de Guinée-Bissau depuis son indépendance. Votre pays, M. le Ministre, a bien voulu aussi faire le choix dans le passé, en raison notamment de ses liens avec ses voisins, d’adhérer aux institutions de la Francophonie. Mais comme le ministre des affaires étrangères de Guinée-Bissau me l’a dit récemment, la Guinée-Bissau est un pays « lusofrancophone ». Le sommet de la CPLP au Cap Vert examinera d’ailleurs dans les prochains jours la candidature de la France à la CPLP comme Etat observateur associé, de même que l’OIF examinera le projet d’adhésion du Portugal à la Francophonie, s’il se confirme.

Au plan bilatéral, nos relations économiques demeurent insuffisantes en raison, notamment, de l’instabilité politique, et de ce que les économistes appellent le climat des affaires, très peu favorable.

Mais si la communauté française est réduite, autour de la centaine, elle est de qualité, avec quelques entreprises avec une présence permanente comme AGS, Bissau Equipmentos, CFAO, Orange, ou tout récemment Eiffage et Vinci, et des ONG comme EMI, Essor et Universel.

Nous continuons à financer ou cofinancer en direct des projets en lien avec ces ONG ou avec l’IBAP. Et le Centre Culturel Franco-Bissau-Guinéen met en œuvre notre coopération linguistique et développe ses activités culturelles. Il a retrouvé pour la première fois depuis 2014 un directeur envoyé par le Ministère des Affaires Etrangères. Le directeur est une directrice, Mme Isabelle Diris.

Nos autres contributions au développement de la Guinée-Bissau passent actuellement, pour l’essentiel, par le canal et les procédures de l’aide européenne et de l’aide multilatérale en raison des principes de coordination et de division du travail entre bailleurs de fonds. Mais les représentations de la France à la Banque Mondiale, l’Union Européenne, le Fonds Mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme pour ne citer que celles où notre contribution est plus que notable et significative, comme notre « chaise » au FMI, sont très attentives, en liaison avec mon ambassade, aux projets concernant la Guinée-Bissau comme à leur articulation avec la situation politique générale du pays. Par ces canaux, l’appui français à votre pays, M. le Ministre, demeure très important.

Depuis 2015, la Guinée-Bissau a perdu, comme souvent dans le passé, plusieurs années après un retour pourtant réussi à l’ordre constitutionnel en 2014. Ce n’est pas que du temps perdu mais des espoirs et des projets de vie perdus ou gâchés en matière d’éducation et de santé, des opportunités perdues dans le domaine de la justice et de la sécurité, comme aussi bien en matière d’investissements, de créations d’emplois et d’entreprises ou, enfin, de partenariats qui auraient mérité d’être plus utilisés.

Il y a maintenant un Gouvernement qui a obtenu la confiance d’une Assemblée Nationale qui se réunit à nouveau. Il ne faut plus perdre de temps, et d’abord tenir le calendrier électoral, c’est-à-dire redonner la parole au peuple.

La stabilité et la sécurité du pays, sont non seulement importantes pour votre pays et comme condition de son développement, M. le Ministre, mais aussi pour vos voisins et toute l’Afrique de l’Ouest. Il ne doit pas y avoir de maillon manquant dans la lutte africaine pour le développement comme dans celle contre les trafics illicites, la corruption et, si cela venait à concerner la Guinée-Bissau, contre le terrorisme.

La France est membre du Conseil de Sécurité des Nations-Unies qui a seul en dernière instance la responsabilité et la légitimité globale. Comme l’engagement du Conseil de Sécurité des Nations Unies est constant et qu’il « reste saisi » de la situation à Bissau, selon les termes de ses résolutions, la France demeure à ce titre, elle-aussi, très vigilante. La Guinée-Bissau a un énorme potentiel. Cela fait très longtemps qu’on le dit. Une grande partie du reste de l’Afrique est en marche. Puisse la classe politique, sans oublier ses forces armées, être dignes dans l’avenir de leur patrie et de leur peuple. Tous les amis de la Guinée-Bissau, dont la France, seront prêts à aider la Guinée-Bissau, comme ils l’avaient déjà manifesté en mars 2015 à Bruxelles.

Vive la Guinée-Bissau vive l’amitié entre nos peuples et pour terminer, « Vive la France » car c’est le 14 juillet (…). Et demain c’est donc le 15 juillet. J’espère que ce sera aussi un jour de fête en France pour notre équipe de football dans laquelle se reconnaissent tant de nos amis africains.
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Discours de l’Ambassadeur le 14 juillet 2018
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Dimanche 15 juillet : la finale au Centre Culturel

Réaction du public au CCFBG - JPEG

Et le lendemain, dimanche 15 juillet, le Centre Culturel Franco-Bissau-Guinéen, exceptionnellement ouvert (comme le "Café de la Place"), a diffusé en direct dans sa salle de spectacles la finale de la Coupe du Monde et la victoire de notre équipe de football devant un très large public français, francophile et bissau-guinéen.

Autre vue du public au CCFBG pendant la finale - JPEG

Dernière modification : 04/12/2018

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