Intervention pour le jour international de la Francophonie 2019

Intervention de l’Ambassadeur, M. Jean-Louis ZOËL, le 20 mars 2019, au Centre-Culturel Franco-Bissau-Guinéen (CCFBG) à l’occasion de la Fête de la Francophonie

Je salue votre présence ce soir et vous remercie d’avoir pris de votre temps. Nous avons voulu convier ce soir les rares ambassades et consulats résidents d’Etats membres de l’OIF, les partenaires officiels ou non et les enseignants de français du centre culturel, les diplomates francophones et des représentants de quelques entreprises françaises ou francophones. Certains n’ont pas pu venir et nous en avons sans doute oublié quelques-autres.

Comme chaque année, le Centre Culturel Franco-Bissau-Guinéen, le CCFBG, accueille et organise des évènement autour de la journée internationale de la francophonie qui est le 20 mars et j’y prononce quelques mots.

Pourquoi le 20 mars ? Parce que c’est le 20 mars 1970 qu’a été signé à Niamey (Mali) le traité créant la première agence de coopération pour les pays ayant en partage le français, l’ACCT (Agence de Coopération Culturelle et Technique) qui est l’ancêtre de l’Organisation Internationale de la Francophonie, l’OIF. Et c’est donc bien normal que ce centre culturel, créé par un accord entre deux Etats membres de l’OIF, la France et la Guinée-Bissau, soit le lieu et le moteur de ces manifestations.

Ce qui est un peu paradoxal en première analyse, c’est que ce soit l’Ambassadeur de France qui intervienne.

Tout d’abord je ne représente pas le moins du monde l’OIF qui est une organisation internationale à part entière avec 54 membres de plein droit, 7 membres associés et 27 observateurs. En outre, contrairement à ce que beaucoup pensent, à tort, ce qui est maintenant appelé l’OIF ne vient absolument pas d’une initiative, même indirecte, de la France. Aucun des pères fondateurs de la francophonie institutionnelle n’était en effet français. Cette proposition clairvoyante a été formulée en 1967 par Norodom Sihanouk (Cambodge), Charles Helou (Liban) et trois leaders africains, Habib Bourguiba (Tunisie), Hamani Diori (Niger) et Leopold Sédar Senghor (Sénégal).

Et cela reflète bien la situation de la francophonie vivante, celle d’environ 300 millions de personnes sur tous les continents alors que la France n’en compte que 67 millions.

Le français n’est pas la propriété de la France ou des Français, de personne en particulier, mais un « bien commun », celui de tous ceux qui l’aiment, le parlent ou l’écrivent, de ceux qui l’apprennent ou l’enseignent que ce soit par choix, par hasard, par héritage, par obligation ou ambition professionnelle.

« Pour le tropical que je suis, la francophonie est une forêt d’arbres et de plantes, d’essences et de tailles différentes ; un jardin multicolore où les fleurs ne poussent pas à la même saison, où chacune a sa propre fragrance, son irréductible identité  » a dit l’écrivain (et diplomate) congolais Henri Lopes (du Congo-Brazzaville).

Et si le français vit, c’est davantage grâce à ceux qui ne sont pas français qu’à mes compatriotes. En France, en caricaturant un peu, on pourrait presque entendre des phrases comme « Tu benchmarques ta solution et j’attends ton feedback asap  ». Mais la joie d’innover ou de sauvegarder les racines est très opérante, depuis longtemps, hors de France. Il y a par exemple les essenceries en Afrique de l’Ouest qui sont, en français de France, des stations-services. Pour prendre des exemples plus lointains pour nous qui sommes en terre d’Afrique : au Québec, il n’y a pas de cranberries mais des canneberges ni de ferries sur les fleuves et les lacs, mais des traversiers. On y dit aussi souvent chauffer pour conduire (...)

La langue française est bien vivante du fait des francophones non français. C’est vrai aussi en Guinée-Bissau. Et si elle se maintient ou progresse ici, ce n’est pas seulement du fait du Centre Culturel qui nous accueille ce soir, mais parce que la demande de français est réelle et forte, en raison de l’environnement géographique et économique de la Guinée-Bissau. Cet Etat est ainsi membre d’organisations principalement francophones comme l’UEMOA, l’OHADA et la CIMA. Vendredi dernier se tenait ainsi à Bissau le Comité des Ministres de l’ASECNA, une autre organisation d’intégration régionale qui gère en commun l’espace aérien de 17 Etats africains et dont la langue est le français. Des groupes africains francophones sont présents ici dans le domaine de la banque, de l’assurance, de l’hôtellerie. Le français n’est pas qu’une langue de culture mais aussi un instrument de la mobilité et de la promotion professionnelle.

Je pourrais citer des statistiques, des classements, des projections démographiques, qui tendent à prouver que la langue française progresse et va progresser davantage dans le futur, qu’elle sera peut-être dans 50 ans la seule langue mondiale, ou internationale, derrière l’anglais, avec peut-être près de 700 millions de francophones. Je pourrais aussi dire que le français est une opportunité pour l’Afrique de même que l’Afrique est une opportunité pour le français.

Mais je préfère vous parler de la convergence du combat pour la langue française avec le combat pour la diversité des langues et des cultures, pour le plurilinguisme. C’est aussi la conviction du Président de la République française et c’est le sens de la stratégie « pour le français et le plurilinguisme » qu’il a adoptée pour la France et proposée à l’OIF.

Il y a une articulation entre le français, puisque c’est le jour d’en parler, et les autres langues, qu’elles soient nationales, ethniques, créolisées, africaines ou européennes. Le français peut les compléter sans les exclure. Le plurilinguisme est une réalité fréquente en Afrique et de nombreux autres pays, en Scandinavie par exemple.

Ici, pour ceux qui ont eu la possibilité d’accéder à l’éducation, une personne peut très bien parler et s’exprimer en plusieurs langues, par exemple la langue de l’ethnie ou des ethnies de sa parenté, le créole, le portugais, le français voire aussi le wolof.

La réception qui a clôturé le Comité des Ministres de l’ASECNA peut en témoigner d’une certaine manière. Un chanteur, un griot dirait-on ailleurs, a fait l’éloge du ministre bissau-guinéen chargé des transports dans une langue qui, de toute évidence n’était le français, ni le portugais, ni le créole. Mais mes voisins, burkinabé et malien, m’ont dit qu’ils comprenaient très bien et que c’était du mandingue.

Le plurilinguisme est une richesse, un avantage, et quand cela arrive lorsqu’on est jeune, surtout dans la prime enfance, une stimulation mentale étonnante qui développe les capacités cognitives, procure des atouts en termes académiques ou professionnels et ouvre des perspectives sur les autres et le monde. Le plurilinguisme est une faculté inhérente à tout être humain, qui est activée et considérée comme une évidence dans bien des pays ou régions.

Les espèces en voie de disparition ne concernent pas que la flore et la faune. La préservation de la pluralité des langues et des cultures est aussi une priorité. Il y a parait-il près de 6.500 langues recensées sur notre planète, beaucoup sont d’ores et déjà menacées et pas seulement par l’état des systèmes éducatifs des pays où elles sont en usage. Les langues et les cultures font partie du patrimoine de l’humanité.

« Francophonie, lusophonie, même combat », un même combat pour l’accès à l’éducation, à la formation et au monde, comme je l’ai dit l’année dernière, pour ne prendre que deux exemples de langues européennes pratiquées ici finalement par une petite minorité de la population et dans des proportions pas très éloignées, si l’on en croit certaines statistiques. La France a été admise en 2018, je vous le fais remarquer, par la CPLP comme Etat observateur associé. Et je me réjouis du partenariat qui se construit entre le Centre Culturel Portugais et le Centre Culturel français, voire aussi avec les services de l’ambassade d’Espagne.

Mais la formule que je viens d’utiliser vaut pour toutes les langues du monde.

Merci de votre attention.

Discours en téléchargement :

PDF - 21.3 ko
Discours Ambassadeur 20 mars 2019
(PDF - 21.3 ko)

Dernière modification : 30/03/2019

Haut de page