Intervention de l’Ambassadeur le 14 juillet 2017 pour la fête nationale

La célébration de la fête nationale française a eu lieu le vendredi 14 juillet 2017 à la résidence de France à Bissau. Lors de la réception officielle l’ambassadeur, comme c’est de tradition, y a prononcé un discours.

14 juillet 2017 – Résidence de France
Intervention de l’Ambassadeur, M. Jean-Louis ZOËL

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Pendant le discours

Je salue la présence de la délégation officielle qu’a décidé d’envoyer le Gouvernement de Guinée-Bissau et que vous dirigez M. le Ministre, M. Victor Gomes Pereira, Ministre de la Communication Sociale,

Je veux aussi remercier, parmi beaucoup d’autres, de leur présence :
- M. João Fadia, Ministre de l’Economie et des Finances,
- M. Domingos Simões Pereira, Ancien Premier Ministre, Président du PAIGC,
- les représentants des autres partis politiques,
- Mme Helena Maria José Nosolini Embalo directrice nationale de la BCEAO,
- le représentant du Chef d’Etat-Major général des Armées,
- le Colonel-Major Barro commandant de la force de l’ECOMIB

Chers collègues et membres du corps diplomatique (…)
Chers compatriotes présents ici
(…)

1) C’est la première fois que j’ai l’occasion de célébrer notre fête nationale à Bissau. Je voudrais tout d’abord dissiper une idée reçue, parfois. Le 14 juillet n’est pas le jour de l’indépendance de la France.

Notre fête nationale n’est pas le jour de notre indépendance car la nation française n’a pas obtenu son propre Etat de la part d’un autre. C’est plutôt l’Etat qui a créé la nation. On peut dire que la France est une « entité politique souveraine » depuis début juillet 987. Elle est deux fois plus jeune que la Chine, mais cela fait quand même un certain temps. Cette date fait référence à l’élection comme Roi de celui qui était alors duc de France et Comte de Paris. C’est l’Etat créé et très agrandi par nos rois qui est a forgé la France. Le sentiment d’identité nationale est venu au fil des premiers siècles.

Mais nous avons un peu perdu de vue la modalité de l’élection de 987. Il a fallu revenir sur le sujet après 1789. Même s’il n’y avait alors à la Bastille que sept prisonniers, tous de droit commun, la prise de cette forteresse est devenue un mythe très puissant. Pourtant, nous ne célébrons pas aujourd’hui directement cet évènement, mais plutôt ou aussi, juridiquement, un grand moment d’unité nationale, la Fête de la Fédération, qui a eu lieu le 14 juillet 1790, tout près de l’actuelle Tour Eiffel. Plusieurs centaines de milliers de Français ont prêté serment de fidélité à la Nation, à la Constitution et au Roi.

Les meilleurs idéaux, la liberté, la démocratie et les droits de l’Homme semblaient atteints. Après, comme vous le savez, cela a quelque peu « mal tourné » : la guillotine, la Terreur... Et il nous a fallu beaucoup de hauts de de bas pour retrouver, en 1958 avec le Général de Gaulle, des institutions stables et fortes promouvant les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité au sein d’un Etat de droit.

2) En mai et juin derniers, la France a élu un nouveau Président de la République, M. Emmanuel Macron, et une nouvelle Assemblée nationale. Un nouveau Gouvernement a été nommé, dirigé par M. Edouard Philippe. Le résultat de ces élections a changé le regard de l’Europe et du monde sur la France et peut-être même aussi, je l’espère, le regard des Français sur la France. Le tempérament français est connu pour son pessimisme et son négativisme. Selon ces baromètres internationaux d’opinion, les Français s’estimeraient moins heureux et seraient plus pessimistes sur leur avenir que même les Afghans.

« La France doute d’elle-même » depuis longtemps. « Rendre aux Français cette confiance en eux, depuis trop longtemps affaiblie » non seulement par la fidélité à son histoire dans ce qu’elle a fait et porté de meilleur pour elle-même et parfois pour le monde, mais aussi par l’espoir, des réformes, des « transformations profondes et résolues », est l’un des principaux axes que le Chef de l’Etat veut donner à son mandat.

Le regard et les attentes de l’Europe, de l’Afrique et du monde vis-à-vis de la France nous importent aussi. Nous croyons que le retentissement de certains épisodes de notre histoire a conservé à la France une certaine responsabilité. Le Président l’a réaffirmé lors de son investiture : « La France veillera toujours à être aux côtés de la liberté, des droits de l’Homme, mais toujours pour construire la paix dans la durée ».

3) La France restera aussi fidèle à ses engagements et ses alliances, et tout d’abord au projet européen et à l’Alliance Atlantique. Fidélité à toutes nos alliances, à toutes nos amitiés, notamment en cette terre d’Afrique, que j’aime et dont j’ai connu ou traversé plusieurs pays. Dans une partie de l’Afrique Occidentale, les armées françaises combattent pour la liberté, contre le terrorisme et le fanatisme, aux côtés d’armées africaines, de forces des Nations-Unies et, bientôt, celle du G5 Sahel. Nombre de ces armées africaines, engagées ou non actuellement au Sahel, ont été nos frères d’armes depuis plus d’un siècle, comme c’est le cas de votre voisin, le Sénégal, qui accueille à Dakar, à 340 kms, une de nos bases.

Nous sommes cependant convaincus, comme les Etats Africains, que la meilleure solution, pour ce défi sécuritaire, je pense par exemple à l’architecture africaine de paix et de sécurité, comme pour bien d’autres sujets, sera le traitement des problèmes par les Africains eux-mêmes, les organisations sous régionales et, pour le continent, l’Union Africaine.

La France est membre du Conseil de Sécurité des Nations-Unies qui a, seul, la responsabilité et la légitimité globale. Nous croyons aux bienfaits et à la nécessité des actions dans le cadre du système multilatéral et du droit international. Mon pays continuera à exercer toutes ses responsabilités au Conseil de Sécurité quel que soit le sujet, la région ou le pays concerné.

4) La France a une longue relation d’amitié avec le peuple de Guinée-Bissau. Votre pays, M. le Ministre, a bien voulu aussi faire le choix dans le passé, en raison notamment de ses liens d’amitié et de proximité avec ses voisins, d’adhérer aux institutions de la Francophonie comme à d’autres organisations d’intégration régionale, chères également à la France, comme l’Union Economique et Monétaire Ouest-Africaine (UEMOA) et la zone monétaire du CFA, l’Organisation Harmonisée du Droit des Affaires (OHADA) et la Conférence Interafricaine des Marchés d’Assurance (CIMA).

Au plan bilatéral, nos relations économiques sont peu développées et si la communauté française est réduite, autour de la centaine, elle est de qualité, avec des entreprises comme AGS, Bissau Equipmentos, CFAO, MRG Bissau Consulting, Orange (sans doute le plus important investissement direct étranger récent) et des ONG comme EMI, Essor et Universel. Contrairement à ce que certains feignent parfois de découvrir, malgré des réductions budgétaires en 2015, l’Ambassade de France est toujours là et son format vient d’être renforcé. Le Centre Culturel Franco-Bissau-Guinéen fonctionne lui aussi. L’enseignement du français, civil et militaire, y est très dynamique, un flux d’activités culturelles a repris, comme en témoigne la récente fête de la Musique et le café-restaurant a rouvert.

Si nous continuons à financer ou cofinancer en direct des projets en lien avec des ONG ou avec l’IBAP, notre aide à la Guinée-Bissau est bien moins visible que par le passé car nos contributions passent désormais, essentiellement, par le canal et les procédures de l’aide européenne et de l’aide multilatérale.

C’est la conséquence des principes de coordination et de division du travail entre les bailleurs de fonds. Outre les prises de position de notre « chaise » aux Conseils d’Administration du FMI et de la Banque Mondiale, notre appui passe par notre contribution très significative à l’Association Internationale pour le Développement de cette dernière (AID/IDA). La Guinée-Bissau va pouvoir mieux accéder au guichet de l’AID avec son partenariat récemment signé avec la Banque Mondiale. Je citerai aussi le Fonds Mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme car la France est le premier Etat Européen contributeur.

Il y a enfin et principalement l’aide mobilisable par l’Union Européenne, celle financée en particulier sur le Fonds Européen de développement. La France en finance près de 20 %. Le lien entre l’Union Européenne et votre pays est important. Il peut et doit être du type gagnant-gagnant. La France est pleinement engagée dans le projet européen, je l’ai dit, et donc aussi dans les composantes extérieures de ce projet. A cet égard, M. le Ministre, les positions des institutions de l’Union Européenne, y compris récemment à Bruxelles du porte-parole du Service Européen d’Action Extérieure sur la regrettable cessation de la rediffusion de deux médias portugais ont, naturellement, l’aval de mon pays.

Par tous ces canaux, l’appui français à votre pays demeure très important. La représentation française dans ces organisations, en liaison avec l’ambassade, examine les projets concernant la Guinée-Bissau, leur articulation, si cela devait venir à être pris en compte, avec la situation générale du pays, comme leur impact sur les objectifs du développement durable et les populations. Il en va de même pour les engagements de réformes que votre pays a décidé ou déciderait, souverainement, de prendre, le cas échéant, dans le cadre de ces projets.

La France entend demeurer aux côtés de l’Afrique qui progresse et se réforme. Une grande partie de l’Afrique a fait des avancées considérables depuis une décennie. Le désenclavement numérique aussi est en œuvre, l’accès à Internet change les opportunités et les attitudes. La Guinée-Bissau est restée éloignée de cette effervescence économique. D’après les séries statistiques internationales, le PIB par habitant, en 2015, était voisin en termes réels de celui de 1975. Avec, sur quarante ans, semble-t-il, 4 coups d’Etat réussis, 12 ratés, de nombreux assassinats impunis et une guerre civile. Le retour à l’ordre constitutionnel en 2014 avec des élections au suffrage universel, d’abord du Président de la République, S.E. le Président Vaz, puis de l’Assemblée Nationale Populaire, a suscité beaucoup d’espoir chez tous les amis de la Guinée-Bissau. Cela avait permis à son Gouvernement, en mars 2015, à Bruxelles, de regagner la confiance de ses partenaires pour le développement et des investisseurs.

Ce que l’on appelle ici la « crise politico-institutionnelle », a fait perdre au pays, à nouveau, du temps et des opportunités. Son prolongement a fait renaître de sérieuses préoccupations, de tous côtés, concernant la stabilité et la sécurité du pays et des différents organes de souveraineté. La Guinée-Bissau a fait appel à la médiation de la CEDEAO qui, à l’automne 2016 a parrainé une solution de sortie de crise et maintenu l’ECOMIB. A son dernier sommet à Monrovia, la CEDEAO a confirmé ce parrainage et prolongé de 3 mois le mandat de l’ECOMIB. Nous espérons encore, très sincèrement, que cette crise pourra trouver une issue satisfaisante au plus vite, sans recours à la force et à la violence d’aucune part et dans respect intégral de votre Constitution. Comme le Conseil de Sécurité des Nations Unies « reste saisi », comme on dit, de la situation, la France demeure, elle-aussi, très attentive.

Tous les amis de la Guinée-Bissau, dont la France, sont prêts à aider la Guinée-Bissau. Mais celle-ci doit nous aider à l’aider en s’aidant elle-même et honorer ainsi son hymne national : « Nós vamos construir na pátria imortal a paz e o progresso » (Nous allons construire dans la patrie immortelle la paix et le progrès). Vive donc la Guinée-Bissau, sans oublier les Djurtus, vive l’amitié entre nos peuples et, pour terminer, c’est le 14 juillet, « Vive la France » !

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Le ministre de la communication sociale et l’ambassadeur
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Echanges de toasts
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Le staff

Dernière modification : 17/07/2017

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